Je souhaite simplement raconter un aujourd’hui. Raconter une histoire juste à coté, un récit qui s’éloigne des discours verticaux et dominants. Simplement un autre, un nouveau type de récit*. En regardant autour de moi et en convoquant le monde qui m’entoure.
L’exposition est un petit monde en soit, un contexte et un ensemble de moyens et de conditions de production.
Mes recherches et mes formes sont imprégnées de ce qui leur permet d’émerger et de devenir, le moment/les moments, le lieu/les lieux et la durée/les durées vont être des données qui vont infuser dans le travail, exister à plusieurs endroits, à plusieurs niveaux, à plusieurs échelles.
Comme lorsque Pierre Huyghe dit « Je produis des situations. J’intensifie ce qui est là. C’est tout mon travail : intensifier la présence de ce qui est. »** l’exposition est pour moi aussi une situation. 
Par différents médium, la photographie, l’installation, la performance, le texte, les objets, l’éditions, je crée des conditions de regard et de projection à l’intérieur desquelles j’invite le visiteur à entrer. Des espaces déployés et des profondeurs d’images dans lesquels on peut marcher, entre lesquels on peut se trouver.
Ce que nous avons sous les yeux est donc toujours un entremêlement de multiples strates, de différents récits et différentes temporalités. De ce que je traverse et qui me touche, me pose question ou me dérange.
Je suis particulièrement attentive aux constructions sociétales et médiatiques de la protection, de la menace, de la mémoire et du bien-être. Je porte sur ces constructions un regard critique, mais qui essaye de ne pas être binaire.
M’immiscer à l’intérieur, prendre certains de leurs codes, c’est un moyen pour moi de mettre en déséquilibre/de troubler les structures qui régissent tous ces discours et toutes ces images et toutes ces situations qui nous entourent et nous bercent. 
En m’intéressant aux schémas de production de ces formes, et en les infiltrant, je souhaite montrer la dominance de leurs structures, leurs effets sur les corps et les traces qu’elles laissent.
Ce qui m’intéresse c’est quand les choses sont hybrides voir vivantes, qu’elles se chevauchent, se superposent s’altèrent, créent des tensions de l’une vers l’autre, quand elles entrent en collision, en zone flou. Je travaille à l’endroit de la friction entre ces images et ces situations, à l’endroit du frottement où les choses se rencontrent, se gênent.

* citation de Donna Haraway – Fabrizio Terranova, Story Telling for Earthly Survival, (2016)
** citation de Pierre Huyghe – Jean-Max Colard, Pierre Huyghe au Centre Pompidou : J’intensifie ce qui est là, Les Inrockuptibles, n° 936, 6-12, (nov. 2013)


Garance Wullschleger, juin 2019